Catégories
Arnaques, charlatanisme et bullshit complot On vérifie ?

Allemagne : 60’000 décès liés au vaccin Covid ?

Fin-mars 2026, une vidéo provenant d’Allemagne a commencé à circuler abondamment dans les réseaux sociaux. Au parlement allemand, un scientifique aurait dénoncé les effroyables conséquences du vaccin Covid, conséquences sur lesquelles les autorités auraient menti à la population.
Voici un débunk complet réalisé par le Dr Thomas Kestemann, un microbiologiste très engagé dans la lutte contre la désinformation.
(Oui, une fois n’est pas coutume, j’ai un invité sur mon petit blog)

Si vous aussi avez un ami covidosceptique qui vous fait suivre la vidéo de l’interview du Dr Helmut Sterz au Bundestag le 19 mars 2026, en vous disant qu’il s’agit de LA révélation de l’année sur les vaccins à ARNm contre le COVID-19 par un lanceur d’alerte, je vais vous épargner la peine de

  1. saigner des yeux en la visionnant
  2. devoir tout éplucher pour débunker la dernière conspiration en date.

Je précise tout d’abord que je présente ici essentiellement des faits, mais que je donne quelques fois mon opinion, qui a l’avantage d’être éclairée par 20 ans de médecine, de microbiologie clinique, et d’épidémiologie, mais qui reste une opinion.

Bon, tout d’abord regardons la forme de cette vidéo. Ici, typiquement, il n’y a pas besoin d’être un expert pour analyser :

  • Qui est ce type ? Helmut Sterz, vétérinaire de formation et toxicologue. Ancien employé de Pfizer, mais à la retraite depuis 2008. Le lien facebook laisse entendre que c’est un lanceur d’alerte, mais il n’a en fait pas été impliqué dans la pandémie ni dans la production du vaccin de BioNTech. Le présenter comme un lanceur d’alerte est donc trompeur… Il n’a pas accès à d’autres informations que vous et moi, a priori. Par ailleurs, deux autres informations à son propos doivent être précisées :
    1. Il soutient des thèses complotistes genre « SARS-CoV-2 a été créé en laboratoire mais cette information a été tenue secrète » et disons covidosceptiques franches, genre « c’est une grippette » (voir le transcript de sa déposition au Bundestag, 3 jours plus tôt)
    2. Il a écrit un bouquin (« VACCINS, la Mafia ») dans lequel il présente sa lecture très personnelle de la vaccination contre le COVID-19. Si je dis ça, c’est que le type a un parti pris très clair. Par ailleurs, il peut tirer un bénéfice personnel de cet interview au Bundestag puisqu’il peut faire la pub de son propre bouquin, ce qu’il n’hésite pas à faire durant sa déposition du 16 mars. Pour la petite histoire, l’une des 2 préfaces de son livre a été rédigée par un complotiste assumé -et accessoirement antisémite sur les bords-, Sucharit Bhakdi. Soit. Sterz ne fait aucune révélation, il dit lui-même que tout est dans son bouquin. Ce qui fait que c’est diffusé, c’est que c’est au Bundestag -ça fait « officiel »-, que c’est en format vidéo -facile à rendre viral dans certaines ‘bulles’ de réseaux sociaux, et que c’est soigneusement isolé des autres témoignages d’experts. 
  • Où est-on ? Dans une commission d’enquête parlementaire du Bundestag. Il y a eu 8 sessions et des dizaines d’autres experts interviewés. On ne nous montre que 5 minutes parmi plusieurs heures. D’autres points de vue ont été présentés, et il faudrait les prendre en considération, si l’on veut avoir une vue d’ensemble.
  • Qui est-ce qui l’interroge ? Sterz a été invité par l’AfD, et est interviewé par Stefan Homburg, ancien prof d’économie, qui s’est fait virer de l’université à cause de ses déclarations covidosceptiques, et proche de l’AfD, dont il a dit (par exemple) qu’il n’avait « rien d’extrême ». Le type assis à sa gauche est Kay-Uwe Ziegler, porte-parole de l’AfD pour ce comité. L’AfD est un parti d’extrême-droite, ce qui déclenche chez moi immédiatement un « red flag ». Indépendamment de vos propres penchants politiques, le moins qu’on puisse dire, c’est que ces partis font leur beurre sur la polarisation de la société, et qu’ils ont donc tout intérêt à inviter des experts qui ne font pas le consensus, y compris dans la sphère scientifique. Ils ont un agenda politique et ni les experts invités, ni les questions posées, ne sont neutres. L’invité connaît les questions par avance et lit ses réponses. Rien n’est spontané.
  • Par exemple, Homburg lui demande : « On observe qu’en Allemagne, le taux de natalité s’est effondré après la campagne de vaccination. » La question elle-même implique un lien causal entre campagne de vaccination et chute de la fertilité. Alors que, interviewant un vétérinaire toxicologue, la question aurait dû être « Est-ce que les tests de fertilité sur modèle animal ont été correctement effectués ? »

Ensuite, venons-en au fond.

  • A propos de la natalité, il y a mille facteurs qui influent sur le nombre de naissances dans un pays dont notamment le contexte socio-économique, les politiques publiques (congés mat/pat, crèches,…), l’accès aux méthodes de planning familial, etc. Faut-il rappeler que « après la campagne de vaccination » correspond le début de la guerre en Ukraine, une économie déclinante, et un climat géopolitique délétère ? Donc, bien évidemment, la « coïncidence » entre déclin de la natalité et vaccination ne suffit pas à établir un lien de cause à effet. Donc, comment fait-on pour savoir si c’est la cause ou pas ? Ben, on regarde si les femmes vaccinées ou non sont plus ou moins enceintes, et ben pas de différence. Et ce quelle que soit la méthode de recherche utilisée, on trouve toujours la même chose : rien. Donc, les femmes non-vaccinées n’ont pas plus d’enfants, c’est que c’est quelque chose d’autre, n’est-ce pas ? Et si on regarde sur tout plein de pays pour voir s’il n’y a pas quand même quelque chose, idem, pas de corrélation. Mais surtout, et c’est étrange vu son domaine d’expertise, Sterz « oublie » de mentionner que les tests de toxicité reproductive ont bien été réalisés, soumis aux autorités régulatrices en 2021, conformément à ce qui avait été prévu, et qu’ils ne montraient pas de toxicité sur les bébés animaux ou sur la fertilité des animaux. Conclusion : la baisse de natalité est liée à des facteurs comportementaux, pas à la vaccination.
  • Cette histoire de 60.000 décès liés aux vaccins, c’est de la pure couillonnade, débunkée 1000 fois, mais je vais le refaire une 1001ème fois. Il y a bien eu 2100 décès rapportés dans le système de pharmacovigilance. Ces décès sont survenus habituellement peu après la vaccination, et on demande aux soignants de faire remonter tout effet indésirable (dont les décès) qui pourrait théoriquement avoir un lien avec la prise d’un médicament (donc, aussi d’un vaccin). Le système de pharmacovigilance est donc sensible, il permet de détecter des effets indésirables rares, mais il est peu spécifique, l’immense majorité des déclarations ne sont pas liées à la prise du médicament en question. Il faut d’abord vérifier qu’il y a eu plus d’événements de ce type parmi ceux qui ont été exposés que parmi une population qui lui ressemble mais n’a pas été exposée. Et là, ben, toutes les études montrent que les personnes vaccinées contre le COVID-19 meurent moins que les autres, environ 10x moins. Corriger pour la sous-déclaration est doublement débile : premièrement légèrement débile car il y a eu beaucoup moins de sous-déclaration que pour n’importe quelle autre médicament (car le facteur 30x est basé sur une étude qui regarde plein d’autres médicaments précédemment dans le système de pharmacovigilance). Deuxièmement, très débile car par définition on ne peut pas établir de lien causal à partir des seules données de pharmacovigilance. Pour faire la démonstration par l’absurde, considérant qu’une moitié de la population allemande a été vaccinée avec le BNT162b2 de Pfizer, un système de pharmacovigilance parfait aurait dû détecter non pas 2.000 ou 60.000 mais 500.000 décès : puisque la moitié de la population a reçu ce vaccin, la moitié des décès cette année-là aurait dû être considéré comme un effet indésirable potentiel de la vaccination et notifié à EudraVigilance. C’est con ? Oui, mais c’est ce que cet « expert » dit : il considère que 100% des décès qui sont dans le registre sont à attribuer au vaccin ! Ce qu’il ne dit pas -ou qu’il a une nouvelle fois « oublié » de dire- c’est que les tests de toxicité animale ont bien été réalisés et ne montrent pas de décès chez les animaux aux doses testées, qui étaient environ 300x supérieures à la dose qu’on utilise chez l’homme.
  • Idem pour le rapport risque-bénéfice. Toutes les études montrent que ce rapport est favorable au vaccin. Et ce, que ce soient les essais randomisés -sinon ben on ne l’aurait juste pas approuvé-, ou les études d’effectiveness. Donc, je ne sais pas ce que Robert Rockenfeller de l’université de Koblenz a été raconter, mais Sterz a dû chercher longtemps avant de trouver quelqu’un qui aurait soi-disant découvert un rapport risque-bénéfice négatif. Le consensus très, très large, c’est que ce vaccin est safe et efficace. Ce consensus est objectivement indiscutable. Il est toujours susceptible d’être remis en question si de nouvelles évidences devaient arriver, mais plus le temps passe, plus ça devient difficile de le renverser, tellement les évidences sont massivement en faveur du vaccin. Je te souhaite de lire l’étude française de l’équipe de Mahmoud Zureik, qui montre une protection du vaccin contre la mortalité toutes causes confondues de 70%. Et de 85% contre la mortalité liée au cancer !

En bref, alors que le type est supposé discuter des tests de toxicité sur des animaux pour le vaccin de Pfizer/BioNTech, c’est-à-dire ce en quoi il est un expert, il raconte surtout des trucs qui sortent de son domaine d’expertise. Et il raconte des bêtises, faciles à débunker. Ceci dit, on peut essayer de retrouver la part de vérité qui se cache souvent sous les propos complotiste. Ici, il s’agirait de savoir si le vaccin a effectivement été distribué avant d’avoir prouvé son innocuité. Rappelons que, pour cette question, il a une expertise, mais ce n’est pas un lanceur d’alerte, donc il n’a pas plus d’information que ce qui est accessible pour toi et moi. Donc, quand un ministre de la santé passe après Sterz au Bundestag, dans la même session, et explique que les tests de toxicité nécessaires avaient été réalisés, j’ai plus envie de croire le ministre, qui devait avoir, lui, plus d’information en main que le reste de la population.

Donc, pour revenir sur les tests de toxicité eux-mêmes, il est important de rappeler que le vaccin n’avait pas reçu une approbation complète de l’agence européenne du médicament, en 2020, mais une approbation conditionnelle. Pourquoi cette exception ? Ben, tout simplement parce qu’on était dans une situation de pandémie et qu’on n’avait pas le temps d’attendre tous les résultats. C’est un choix qui est éventuellement discutable, mais je trouve personnellement raisonnable d’avoir donné la priorité à sauver des vies plutôt qu’à mettre la ceinture et les bretelles pour vérifier si le vaccin ne donne pas des ongles cassants chez les porteuses de prothèses mammaires ! Je force un peu le trait, et je comprends que beaucoup de gens n’aient pas souhaité faire confiance à un vaccin qui donnait l’impression d’avoir été testé à la va-vite. Mais je comprends aussi les décideurs qui ont pris leur responsabilité en donnant une autorisation conditionnelle.

Parmi les conditions en question avant d’avoir l’autorisation définitive, il y avait, bien évidemment, les études de toxicité dont parle Sterz. Ceci dit, et ça tombe en fait sous le sens, une bonne partie des études de toxicité avaient été réalisées pour obtenir l’approbation conditionnelle, et étaient rassurantes –évidemment. Mais en effet, certaines étaient toujours en cours, notamment celles qui prennent du temps (pour les études de toxicité reproductive, par exemple, il faut attendre que les descendants des animaux vaccinés aient à leur tour une descendance). Mais les résultats ont fini par tomber quelques mois plus tard. Et ils sont tous rassurants.

Dernier point que j’ai appris en faisant le tour de la question pour te répondre, les vaccins à ARN messager n’ont pas eu besoin de prouver l’absence de toxicité carcinogénique ou génotoxique, donc d’apparition de cancers… tout simplement car ni l’EMA ni la FDA n’estiment que ce lien soit possible !!! Et je suis personnellement d’accord avec ça. Ce ne serait pas éthique de faire souffrir inutilement des animaux. Je ne dois pas être le seul, vu que personne ne s’est lancé dans ce genre de recherche, même chez les « scientifiques » antivax. Ils doivent savoir que c’est peine perdue. Et comme je disais plus haut, les études épidémiologiques ont montré a posteriori que, s’il existe un lien entre vaccin covid et cancer, c’est un lien de protection ! Auquel je ne crois pas trop non plus, pour la petite histoire. Pour les mêmes raisons :

  1. il n’y a pas de mécanisme biologique connu pour lier l’un à l’autre
  2. une seule étude épidémio ne suffit pas.

En conclusion, Sterz est soit un imbécile, soit un menteur effronté, soit un peu des deux, mais c’est surtout un idiot utile pour l’extrême-droite. Ce qu’il dit est un tissu de mensonge, certes soigneusement rehaussé de fioritures soigneusement sélectionnées pour contenir un soupçon de vérité, mais l’ensemble ne doit tromper personne.

Thomas Kesteman


🔎 Nein, die Covid-19-Impfung führte nicht zu 60.000 Toten in Deutschland. 🦠faktencheck.afp.com/doc.afp.com….✉️ Noch mehr Falschinfos im Netz gesehen? Hinweise an u.afp.com/whatsapphinweise.

AFP Faktencheck (@faktencheck.afp.com) 2026-04-30T15:22:08.676Z

Petit complément. On trouve quelques débunks sur cette affaire dans des médias. Je vous propose 4 liens pour compléter le texte qui précède.

I contributed to this article refuting the claim by German toxicologist Dr. Helmut Sterz — widely amplified by Elon Musk — that COVID vaccines likely killed ~60,000 Germans.www.factcheck.org/2026/04/elon…

Prof Jeffrey S Morris (@jsm2334.bsky.social) 2026-04-17T01:56:23.614Z
Share This